Ecrire un procès : entre respect de la procédure et nécessité narrative

Un récit immersif repose souvent sur un cadre réaliste. Du moins, c’est ainsi que je conçois l’écriture : si je veux que le lecteur plonge dans l’histoire, je dois ancrer mon récit dans une réalité crédible. Je ne suis pas un auteur de fantasy. Je ne peux pas m’abriter derrière des lois imaginaires ou des institutions inventées.

Alors, en toute logique, le procès dans Liminal devrait respecter strictement la procédure pénale.


Une procédure stricte… mais un récit lourd

J’aurais pu choisir cette voie : décrire minutieusement chaque étape du procès, chaque intervention des différentes parties, chaque contrainte légale. L’exercice aurait été rigoureux, documenté, techniquement inattaquable.

Mais deux problèmes se seraient posés :

    • L’intégration du fil rouge entre Elle et le narrateur. Dans un procès réel, les échanges sont encadrés, les dialogues formels, les interactions limitées par la structure même de l’audience. Raconter leur relation à travers ce prisme aurait risqué d’écraser ce qui fait le cœur de l’histoire.

    • Un poids narratif considérable. La justice est un mécanisme lent, méthodique. La retranscrire fidèlement, c’est risquer un récit alourdi par des passages procéduraux qui, s’ils sont réalistes, peuvent étouffer l’élan dramatique.

Un procès comme moteur du récit

Plutôt que de soumettre mon écriture à une reconstitution rigide, j’ai pris une autre voie : écrire le fil rouge de façon chronologique, puis reconstruire le procès autour comme un moteur du récit.

Chaque chapitre devient un éclairage différent sur l’histoire, une pièce supplémentaire du puzzle. Le procès n’est plus une simple restitution des faits, mais une structure narrative qui fait avancer l’intrigue, qui façonne la perception du lecteur.

Réduire les voix pour amplifier l’écho

Autre choix : j’ai volontairement réduit le nombre d’intervenants dans le procès.

En particulier, la défense est pratiquement absente. Non pas par négligence, mais pour ne pas atténuer la voix du narrateur. Dans un procès réel, la défense est un contrepoids essentiel, un rempart contre l’accusation. Dans Liminal, cette absence crée une tension différente : le narrateur est face à l’accusation, sans véritable filtre. Il est exposé, vulnérable.

Bien sûr, cela fait du procès une construction artificielle. Mais une construction qui, je l’espère, conserve l’illusion du réel. Un équilibre entre la rigueur du droit et la fluidité du récit.

Un procès sous contrainte

C’est le paradoxe de ce procès : il obéit aux règles tout en les détournant. Il s’inspire des codes judiciaires, mais il les plie aux exigences de la narration.

J’espère que les avocats ne soulèveront pas trop de nullités.

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